CRÉATION 2025
Pièce pour 10 interprètes
Chorégraphie Rachid Ouramdane
Musique Jean-Baptiste Julien
Lumières Stéphane Graillot
Scénographie Sylvain Giraudeau
Vidéo Jean-Camille Goimard
Costumes Siegrid Petit-Imbert
Interprètes de la Compagnie de Chaillot : Joaquín Bravo, Lorenzo Dasse, Clotaire Fouchereau, Löric Fouchereau, Peter Freeman, Maria Celeste Mendozi, Mayalen Otondo, Lucas Tissot, Aure Wachter, Owen Winship
Avec la voix de Ael Ouramdane Melscoët et avec la participation d’Anton Ouramdane Melscoët à l’image
Ce spectacle est dédié à Farid Ouramdane
Production Chaillot — Théâtre national de la Danse. Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels.
Coproduction Bonlieu-Scène Nationale d’Annecy ; Maison de la danse, Lyon — Pôle européen de création ; National Theater & Concert Hall Taipei (TW) ; Théâtre de Caen ; MC2: Maison de la Culture de Grenoble — Scène nationale.
"C’est vrai que souvent on se dit que pour pouvoir réaliser certaines choses il faut être surentrainé, être tout le temps dans le dépassement de soi, peut-être, mais pas le dépassement de soi dans le sens "être au-delà de soi", au contraire, c’est prendre pleine conscience de nos fragilités, de nos vulnérabilités, d’apprendre à se connaitre et de voir comment dans cet éloge du fragile, nait de l’inattendu.."
Rachid Ouramdane


Après des spectacles d’inspiration sociétale (Loin, Des Témoins ordinaires, Sfumato, Franchir la nuit), fondés sur l’intime (TORDRE, Corps extrêmes, Outsider) ou d’autres pour des environnements monumentaux (Möbius Morphosis avec la Compagnie XY donné en juillet 2024 au Panthéon), Rachid Ouramdane tient à revenir à l’étude du geste dans un nouvel opus qui mêle corps à corps et envols.
Pour cette nouvelle création, le chorégraphe entend mettre à l’honneur ce qui nourrit l’imaginaire du mouvement, poursuivant sa recherche autour du geste aérien. À ses côtés, dix interprètes de la Compagnie de Chaillot dont les styles et techniques varient. « Il faut des gens qui ont des parcours un peu hybrides, c’est-à-dire qui sont aussi bien à l’aise dans les airs qu’au sol, toutes ces façons de danser, de bouger, de se projeter, qu’elles soient partagées », résume le chorégraphe.
Ainsi, dix interprètes hétéroclites, à la gestuelle fine, seront réunis afin d’associer et d’entremêler leur langage et d’en faire naître un nouveau, à la croisée des chemins de l’aérien et de la danse. Sur un plateau nu, tantôt sculpté par la lumière, tantôt laissant apparaitre des images projetées dans une brume, Rachid Ouramdane évoque l’enfance et le vieillissement. Au travers d’éléments qui marquent le temps qui passe autant que l’absence, il imagine « comment on continue d’avancer, habité par d’autres personnes que l’on n’a plus autour de soi, ces fantômes (…) qui nous accompagnent. »
Contre-nature, pourquoi ce titre ?
C’est un spectacle qui va explorer la manière dont chacun a été construit par les autres, même quand ils ne sont plus là. J’ai surtout pensé aux cas de figure où les plus jeunes partent avant les aînés, ce qui ne respecte pas l’ordre habituel des choses. C’est de ça dont va parler le projet, de ces jeunes qui nous ont construits, entourés et quittés de manière prématurée, voilà ce qui est Contre-nature.
Comment avez-vous expliqué le projet à vos danseurs au départ ?
Je ne leur ai pas tout de suite parlé du thème de l’absence, qui est une notion très vague. Je leur ai d’abord présenté les choses qui m’occupent aujourd’hui, c’est-à-dire toute une réflexion autour du geste aérien et une façon de faire corps, de travailler ensemble et de réaliser des choses que nous ne sommes pas capables de faire seul. Je leur ai donc dit qu’on allait continuer de cheminer ainsi. Ensuite j’ai introduit cette réflexion autour de l’absence et différemment en fonction de la complicité et la connaissance que j’ai des uns et des autres. [...]
Vous avez voulu mélanger des danseurs et des acrobates ensembles, est-ce que cela a posé des difficultés ?
Souvent, je parle d’artistes de l’aérien pour ne pas dire danseur ou acrobate. En revanche, ils ne l’abordent pas du tout de la même manière, surtout dans la façon de se confier à l’autre. Eux-mêmes ne sont pas encore d’accord sur les mots : les acrobates disent “fais-moi confiance, donne-toi à moi” là où les danseurs vont plutôt vouloir « aider », créant des incompréhensions. Mais en même temps, quand ils se trouvent, on assiste à la magie d’une écriture assez inhabituelle, à des mouvements étonnants.
Vous créez un univers autour des absents et des disparus, comment liez-vous le geste à ce propos ?
Ça n’est pas juste un rapport entre le geste et un thème, c’est plutôt ce que le mouvement dans l’espace raconte, et c’est là où on retombe sur la scénographie. Pendant longtemps je commençais mes spectacles par une scénographie, pas par les danseurs, j’avais besoin de savoir dans quel espace ça allait se passer. Quand je mets en mouvement deux personnes, ce n’est pas tant pour voir si elles se tordent bien ou si elles sautent haut. C’est pour voir un espace se dessiner entre elles. C’est intéressant d’un point de vue scénographique, car on peut faire ressurgir des fantômes dans les espaces vides. [...]
Qu’est-ce qui vous plaît dans la musique de Jean-Baptiste Julien, le compositeur des musiques de vos derniers spectacles ?
Quand il écrit pour l’art vivant, il a une double approche, d’abord il produit un son assez sculptural et immersif qui donne l’impression de se retrouver dans un paysage sonore. Mais il a aussi cette écriture qu’on pourrait dire cinématographique, faite d’ambiance et de moments de suspension. Je crois que Jean-Baptiste et moi sommes de grands contemplatifs, nous voulons créer ces moments où il est dur de savoir si une scène a duré 5 secondes ou 10 minutes. C’est aussi parce qu’il est dans la musique minimale, avec des motifs qui se modulent et entretiennent un effet de glissement, de métamorphose.
Comment écrivez-vous la pièce avec la musique ?
Nous partageons en premier lieu cet intérêt pour la thématique dont je viens de parler sur la notion d’effacement et de disparition. Pour Contre-nature, il a produit la musique avant la chorégraphie. Il me l’a envoyée et ça a tout de suite fait écho avec l’envie que j’avais de montrer du brumeux, de l’insaisissable. Avec Jean-Baptiste, nous ne partons jamais d’une page blanche, car nous avons cette complicité partagée. Ainsi, notre travail propose quelques tableaux qui vont inviter le spectateur à venir les compléter avec son histoire pour en tirer un propos sur la disparition. [...]
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de Contre-nature ?
La profonde conscience que nous sommes pétris des autres, traversés d’histoires multiples. Je suis un peu un obsessionnel de ça, c’est peut-être un héritage culturel. Nous sommes dans une société où on a envie de simplifier, d’identifier, de réduire les gens en permanence. Depuis que je suis gamin, je suis confronté au fait d’avoir des histoires de vie différentes entre la France et l’Algérie, entre les classes aisées et les quartiers populaires. C’est peut-être une utopie, mais je souhaiterais que l’on célèbre la complexité des personnes, leur diversité. Surtout, prendre acte du fait qu’elles sont tout le temps en transformation, que nous ne sommes que des êtres impossibles à saisir. Ce sont aussi des choses qui aujourd’hui, politiquement, sont importantes. J’espère qu’au sortir de ce spectacle chacun pourra être traversé, même juste un petit moment, du sentiment d’être fait de plein de gens.
Propos recueillis par Enzo Janin-Lopez


Rachid Ouramdane grandit dans un environnement familial marqué par la guerre d’Algérie. Ce passé fait de violence et d’exil hantera plusieurs pièces du chorégraphe. La double culture dans laquelle il évolue lui fait très vite prendre conscience de la multiplicité de nos identités dont il fera le cœur de sa recherche.
Au début des années 90, Rachid Ouramdane quitte ses études scientifiques. Il aurait pu être biologiste, tant son expertise de la science des êtres vivants est grande. Mais c’est la danse qu’il a choisie, art vivant rencontré à 12 ans sous la forme du hip hop. De cette culture urbaine, il retiendra la notion d’engagement d’un art dans les lieux publics. Se construisant artistiquement entre l’école de la vie et l’école de l’art, il maintient une articulation et une tension constantes entre la dimension autobiographique, les réflexions esthétiques et les sujets de société.
Il cultive un art de la rencontre, dont l’expérience sensible et entière requiert la mise en doute de tous les préjugés. Il multiplie les projets aux frontières de la danse et du documentaire, s’appuyant sur un minutieux recueil de témoignages, mené en collaboration avec des documentaristes. Après les émeutes de 2005, il réalise un puzzle de portraits intimes et pudiques de jeunes de banlieue parisienne. Nombre de ses projets sont issus de voyages et de rencontres, comme Loin… qui l’amène à la rencontre d’exilés vietnamiens de retour dans leur pays. Il ira à la rencontre de personnes victimes de tortures au Brésil (Des témoins ordinaires), ou de réfugiés climatiques dans le Sichuan et Yunan en Chine ayant eu à faire face à des cataclysmes (Sfumato). Chaque projet est l’occasion de construire un soutien pour ces populations fragilisées avec les associations locales. Il donne régulièrement la parole dans ses pièces à des minorités, des populations qui par leur expérience nous éclairent sur certaines réalités du monde. En 2018, il mobilise la protection de l’enfance, l’éducation nationale et plusieurs préfectures pour agir auprès d’enfants migrants et contribuer à améliorer leur quotidien par des pratiques artistiques. Il développe avec eux le spectacle Franchir la nuit. Sur scène, il développe une poétique du témoignage et une gestuelle à la ligne claire, presque minimaliste et en interaction constante avec l’environnement, à l’image de ses dispositifs scéniques.
En 2021, le chorégraphe prend la direction de Chaillot – Théâtre national de la Danse, et par son projet en fait le théâtre des diversités et de l’hospitalité, dans une ambition toujours grandissante de partager l’humain et le sensible et d’amener la danse là où on ne l’attend pas.
Depuis quelques années, il oriente son écriture chorégraphique pour des foules en mouvement avec des grands ensembles internationaux : Ballet du Grand Théâtre de Genève, Candoco Dance Company, Moscow City Ballet, le collectif XY, Ballet de l’Opéra de Lyon, Maîtrise de Radio France… C’est avec ces trois dernières formations qu’il a réalisé Möbius Morphosis au Panthéon de Paris sur une musique de Jean-Benoît Dunckel, du groupe AIR.
En mars 2022, il reçoit l’insigne d’officier de l’ordre des Arts et des Lettres.
Musicien et compositeur, Jean-Baptiste Julien se tourne vers le jazz et les musiques improvisées après une formation classique en piano et contrebasse. Parallèlement il enseigne l’harmonie, l’analyse, la composition et anime des ateliers d’orchestre.
Dès 2002, il abandonne le piano pour la guitare au sein des groupes de rock Katel et newpauletteorchestra. Peu après, il commence à collaborer avec Thomas Ferrand et Projet_Libéral puis avec Antonin Ménard et le CHT21THT ainsi qu’avec Antoine Antoine Antoine, Pascal Battus, Bertrand Belin, Blast, Yannick Butel, Jean-Marc Butty, Marylène Carre, Arnaud Churin, Grand Parc, Yves Godin, François Lanel, Fiodor Novski, Katel, Sophie Lamarche-Damour, Frédéric Leterrier, Bernardo Montet, Seijiro Murayama, Palo Alto, Pink Crash, Alexandre Plank, Virginie Vaillant... Il compose également des musiques de films notamment avec Frédéric Leterrier et travaille avec Alex Beaupain, compositeur des films de Christophe Honoré. Depuis de nombreuses années, il collabore avec Rachid Ouramdane sur la création de ses spectacles (EtSi, Variations, Contre-nature, etc.).
Jeu 26 fév. à l'issue de la représentation

D'un mouvement minimal hypnotique ininterrompu qui se dessine des mosaïques sur la scène, Armin Hokmi ravive le pouvoir infini de la danse.
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En gestes et en paroles, Arthur Perole fait jaillir les relations de quatre interprètes à leurs corps, oscillant entre partage intime et joie festive.
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