CRÉATION 2025
Pièce pour 6 chanteur·euse·s et 4 danseur·euse·s
Carlo Gesualdo
Tenebræ Responsoria (Répons des Ténèbres)
Les Arts Florissants
Direction et ténor Paul Agnew
Soprano Miriam Allan, Hannah Morrison
Contralto Mélodie Ruvio
Ténor Sean Clayton
Baryton-basse Edward Grint
Compagnie Amala Dianor
Chorégraphie Amala Dianor
Assistante à la chorégraphie Alicia Seybiya Gomis
Interprétation Elena Thomas, Damiano Bigi, Dexter Bravo, Clément Nikiema
Création lumières Xavier Lazarini
Photographies Vincent Pontet, Pierre Gondard
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Coproduction Kaplan/Compagnie Amala Dianor, Les Arts Florissants, Le Volcan-Scène nationale du Havre, Les Nuits de Fourvière-festival international de la Métropole de Lyon, MC2-Grenoble et la Philharmonie de Paris. Résidence Cndc - Angers.
Les Arts Florissants sont soutenus par l’État — Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire et le Département de la Vendée. La Selz Foundation est leur Mécène Principal. Les American Friends of Les Arts Florissants sont Grands Mécènes. Les Arts Florissants sont accueillis en résidence à la Philharmonie de Paris et par ailleurs labellisés Centre Culturel de Rencontre.
Carlo Gesualdo (1566-1613)
Tenebræ Responsoria (Répons des Ténèbres)
Feria Quinta (Répons du Jeudi Saint)
Resp. 1 : In monte oliveti
Resp. 4 : Amicus meus
Resp. 5 : Judas mercator pessimus
Resp. 8 : Una hora
Feria Sexta (Répons du Vendredi Saint)
Resp. 4 : Tamquam ad latronem
Resp. 5 : Tenebræ factæ sunt
Sabbato Sancto (Répons du Samedi Saint)
Resp. 1 : Sicut ovis
Resp. 5 : O vos omnes
Resp. 9 : Sepulto Domino
Christus factus est
Miserere
Publication : 1611.


Vous avez une longue expérience de la musique de Gesualdo. Que représentent les Tenebræ Responsoria pour vous ?
Paul Agnew : Gesualdo a fait imprimer cette partition à la fin de sa vie, mais il a composé cette musique des années avant cela. Nous ne sommes pas en face d’un testament musical, mais plutôt de l’expression d’une foi sincère et fidèle, liée aux origines familiales du compositeur. N’oublions pas que son oncle, Carlo Borromeo, était un grand cardinal, en l’honneur duquel le même prénom fut donné à Gesualdo, qui était le deuxième fils de la famille. Gesualdo était donc destiné à une carrière religieuse, selon la coutume de l’époque. Ce n’est qu’à la mort de son frère aîné qu’il a dû, malgré lui, prendre la responsabilité de la descendance de la famille et se marier à toute vitesse. Comme on le sait, le choix de son épouse s’est avéré tragique : prise en flagrant délit d’adultère, elle a été tuée, ainsi que son amant, par Gesualdo. Ce qu’il faut retenir des partitions du musicien, c’est que, contrairement aux autres compositeurs de l’époque, du fait de son appartenance à la haute noblesse et de sa fortune personnelle, Gesualdo n’était pas amené à publier ses oeuvres pour gagner sa vie. Il faisait imprimer ses partitions par conviction. Les Tenebræ Responsoria sont certainement liés au sentiment de culpabilité qui taraudait Gesualdo après le meurtre de son épouse. Quelques années avant sa mort, le compositeur a d’ailleurs fait peindre un grand tableau intitulé Le Pardon…
Pour vous, y a-t-il également de la lumière dans cette partition qui semble sombre ?
Paul Agnew : Évidemment. La lumière d’un acte de foi pur, gratuit, qui ne naît pas d’une quelconque obligation. Grâce à son statut, ne dépendant ni d’un mécène ni du système des commandes, Gesualdo est l’un des premiers compositeurs modernes. Il est libre. Dans les Tenebræ Responsoria, il peut s’autoriser le développement d’un langage chromatique complexe que ses homologues ne pouvaient pas se permettre. Et sa décision de publier la partition avant sa mort lui donne une grande valeur. C’est un témoignage très fort, lumineux.
L’instrument des chanteurs est leur corps. Comment voyez-vous l’implication corporelle des chanteurs dans ce spectacle ?Paul Agnew : Le corps est essentiel pour n’importe quel chanteur intimement engagé dans l’expression de la musique. Dans Gesualdo Passione, le fait que les chanteurs connaissent la partition par coeur leur permet de s’impliquer corporellement dans le mouvement au même titre que les danseurs. Le texte est ainsi exprimé à plusieurs niveaux, non seulement à travers la musique mais aussi à travers le corps. C’est une véritable gageure : il s’agit d’aller au plus profond de l’expression.
Comment cette musique résonne-t-elle pour vous ?
Amala Dianor : C’est la toute première fois que je travaille sur une musique de la Renaissance. La partition est magnifique et d’autant plus poignante qu’elle ne comporte pas d’accompagnement instrumental. Le chant a cappella des voix pures me fascine. Auparavant, je n’avais jamais réalisé de chorégraphie sur ce type de musique et cela répond à mon désir de me déplacer sans cesse en dehors d’une certaine zone de confort. J’aime les défis. Ici, avec Gesualdo, je me concentre particulièrement sur une forme de tension qui vient de la musique et se transmet au corps des danseurs. Il s’agit de la Passion du Christ, un sujet central dont nous proposons une interprétation connectée à la société contemporaine. Les danseurs que j’ai invités pour ce projet ont tous des origines différentes. Ils viennent du Burkina Faso, de Rome, du Sénégal… Ils sont issus du monde du ballet classique ou de celui du krump, et cette diversité nous permet de nous poser la question de la foi et de sa représentation d’une manière originale, en fonction des environnements personnels et professionnels de chacun.
Les derniers jours du Christ et sa Passion font appel à une idée très puissante du corps, de la souffrance corporelle qui mènera à la libération de l’âme. Cette idée sera-t-elle exprimée par les danseurs, dans votre travail ?
Amala Dianor : C’est notre objectif. Tout l’intérêt de notre travail réside dans cette manière dont le corps va exprimer et faire référence à ce qu’a subi le Christ. Nous cherchons le sens que cela a aujourd’hui. On avance vers la crucifixion, la musique semble ténébreuse, mais on y perçoit toujours une lumière, la lumière divine, une source de lumière à laquelle on s’accroche.
Des échanges sont-ils prévus entre les danseurs et les chanteurs ?
Amala Dianor : Oui, bien sûr, et c’est là tout l’intérêt du spectacle. Les corps des chanteurs sont impliqués au même titre que ceux des danseurs. Ils font partie intégrante de la chorégraphie. Ils dansent en même temps qu’ils chantent. Au terme d’une première semaine de travail ensemble, j’ai été incroyablement surpris par l’implication physique des chanteurs qui chantent par coeur. Ils n’ont pas à lire leur partition et sont donc totalement libres de leurs mouvements. Le résultat est stupéfiant.
Propos recueillis par Olivier Lexa
Autodidacte au brillant parcours de danseur hip-hop, Amala Dianor intègre l’école supérieure du Centre national de danse contemporaine d’Angers dont il sort diplômé en 2002. En 2011, il remporte deux prix au concours (Re)connaissance pour sa première chorégraphie, Crossroad. En 2012, il crée sa compagnie avec laquelle il déploie une danse fusion qui hybride les formes et ouvre une poétique de l’altérité. Il s’associe ponctuellement avec des musiciens, plasticiens, comédiens, écrivains ou calligraphes. Depuis 2014, il travaille avec la complicité du compositeur électro-soul Awir Leon qui crée les musiques de ses spectacles. En 2021, avec le plasticien Grégoire Korganow, il crée une collection de films de danse, intitulée CinéDanse. En 2022, il présente en Europe le projet de coopération Siguifin visant à mettre en valeur la créativité d’artistes basés en Afrique de l’Ouest et signe une pièce pour le groupe urbain d’Afrique du Sud Via Katlehong, dont la première française est donnée au Festival d’Avignon. En 2023, le chorégraphe crée deux projets avec Awir Leon et Grégoire Korganow : Love You Drink Water, un trio hybride entre concert, installation vidéo et pièce de danse, et DUB, une grande forme pour onze danseurs du monde entier. En 2024, il dirige un nouveau duo pour deux danseuses, intitulé M&M, associant le dancehall et la danse contemporaine. Il répond parallèlement à une commande du réseau jeune public LOOP, avec une pièce intitulée Coquilles, à destination des jeunes publics de crèche et de maternelle. Il accompagne volontiers la diffusion de ses pièces par l’organisation d’actions envers les publics : rencontres, conférences, DJ set, soirées relaxes, ateliers avec des danseurs amateurs ou master-classes avec des danseurs professionnels. Il mène également de nombreux projets de coopération avec des danseurs pré-professionnels en France et en Afrique de l’Ouest.
La Compagnie Amala Dianor
Fondée en 2012, Kaplan | Cie Amala Dianor compte aujourd’hui vingt-et-une pièces et six courts métrages CinéDanse à son répertoire. Elle se produit en moyenne sur quatre-vingt-dix dates par an, en France et dans le monde, avec le soutien d’institutions prestigieuses. Kaplan I Cie Amala Dianor est conventionnée par l’État-DRAC Pays-de-la-Loire et la Ville d’Angers. Elle bénéficie du soutien de la Fondation BNP Paribas depuis 2020 et est régulièrement soutenue dans ses projets par l’Institut Français et l’Office national de diffusion artistique (ONDA).
Artiste et pédagogue, le ténor et chef d’orchestre britannique Paul Agnew s’est imposé sur les plus grandes scènes internationales en tant qu’interprète du répertoire baroque. Après des études au Magdalen College d’Oxford, il est remarqué par William Christie, en 1992, lors d’une tournée d’Atys de Lully avec Les Arts Florissants, dont il devient un collaborateur privilégié. Il se produit également sous la direction de chefs tels que Marc Minkowski, Ton Koopman, Paul McCreesh, Jean-Claude Malgoire, Sir John Eliot Gardiner, Philippe Herreweghe ou Emmanuelle Haïm. Sa carrière prend un nouveau tournant en 2007 lorsque lui est confiée la direction de certains projets des Arts Florissants. Il donne notamment l’intégrale des madrigaux de Monteverdi, qu’il enregistre dans la collection « Les Arts Florissants » chez harmonia mundi. Nommé directeur musical adjoint de l’ensemble en 2013, puis codirecteur musical en 2020, il dirige de nombreuses productions tant à l’opéra qu’au concert ou au disque, comme L’Orfeo de Monteverdi ou The Indian Queen de Purcell présentés au Festival Dans les Jardins de William Christie en 2018 et 2021. Il est également le chef invité de nombreux orchestres : Staatskapelle de Dresde, Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, Royal Scottish National Orchestra, Seattle Symphony… Directeur artistique du Festival de Printemps des Arts Florissants depuis sa création en 2017, Paul Agnew est codirecteur du Jardin des Voix, l’académie pour jeunes chanteurs des Arts Florissants. Il enseigne aussi à la Schola Cantorum de Bâle. Avec Les Arts Florissants, il poursuit en 2025-26 son cycle Bach ainsi que les tournées internationales de The Fairy Queen et Gesualdo Passione. Il dirige par ailleurs les opéras Rinaldo (Handel) à la Philharmonie de Paris et L’incoronazione di Poppea(Monteverdi) au Festival Monteverdi de Crémone.
Les Arts Florissants
Fondés en 1979 par William Christie, Les Arts Florissants sont l’un des ensembles de musique baroque les plus reconnus au monde. Fidèles à l’interprétation sur instruments anciens, ils ont joué un rôle pionnier dans la redécouverte et la diffusion de la musique européenne des xviie et xviiie siècles. Sous la direction de William Christie et de Paul Agnew, ce sont ainsi plus de cent concerts et représentations qu’ils proposent chaque année en France et dans le monde. Les Arts Florissants sont impliqués dans la formation des jeunes artistes avec notamment l’Académie du Jardin des Voix pour les jeunes chanteurs, le programme Arts Flo Juniors pour les jeunes instrumentistes, un partenariat avec la Juilliard School de New York et des master-classes proposées au Quartier des Artistes, leur campus international situé à Thiré (Vendée, Pays de la Loire). Les Arts Florissants ont constitué au fil des ans un patrimoine discographique et vidéo riche de plus d’une centaine de titres, et créé leur propre collection en collaboration avec harmonia mundi. En résidence à la Philharmonie de Paris depuis 2015, l’ensemble nourrit également des liens forts avec la Vendée, territoire de coeur de William Christie. C’est d’ailleurs dans le village de Thiré qu’a été lancé en 2012 le Festival Dans les Jardins de William Christie en partenariat avec le conseil départemental de la Vendée. Les Arts Florissants travaillent également au développement d’un lieu culturel permanent à Thiré. Cet ancrage s’est encore renforcé en 2017 avec l’installation du Jardin des Voix à Thiré, la création d’un Festival de Printemps sous la direction de Paul Agnew et l’attribution par le ministère de la Culture du label « Centre culturel de rencontre » au projet des Arts Florissants. Janvier 2018 a vu la naissance de la Fondation Les Arts Florissants – William Christie.

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